Si les flibustiers s'empiffraient quand il le pouvaient, c'était aussi une révolte contre les riches de leur époque. Parce que le marin "honnête" était mal nourri par des maîtres très bien nourris. Pour se faire une idée de l'injustice des conditions de vie sur les navires "honnêtes", dites-vous que pendant que les matelots se nourrissent de biscuits dur comme du bois et de platées souvent infecte, ce n'est pas du tout la même chose du côté des nobles, bourgeois et officiers. Ceux-là ont même jusqu'à un jardin à bord. Et malheur au matelot qui leur vole une feuille de choux!
...nous avions bonne provision de betteraves, de pourpier, de cresson et de cornichons confits, et deux grandes caisses de chicorée sauvage en terre, qui étaient gardées jour et nuit par une sentinelle, de peur que les rats et les matelots n'y fissent du dommage. Quand nous eûmes mangé une de nos caisses nous y semâmes des graines de laitues et de raves, que nous eûmes le plaisir de voir croître et manger avant d'arriver à la Martinique. C'est ainsi que nous eûmes toujours de la salade, rafraîchissement qui n'est pas indifférent dans les voyages de long cours. (extrait du Voyages aux Isles du père Labat)
Quant aux repas dans la cabine d'un capitaine de navire marchand, voici en quoi il tenait, toujours pendant que les matelots grugeaient leurs biscuit de mer.
Nous étions douze à sa table, parfaitement bien servie et avec beaucoup de propreté. Dès le premier jour, il nous marqua nos places et nous pria de ne point les changer, afin que les domestiques nous rendissent toujours les mêmes serviettes, que l'on changeait deux fois la semaine pour déjeuner, on servait ordinairement un jambon ou un pâté avec un ragoût ou une fricassée, du beurre et du fromage, et surtout de très bon vin, et du pain frais matin et soir.
L'on dînait après que les pilotes avaient pris hauteur, c'est-à-dire qu'ils avaient observé la hauteur du soleil à midi, (pour faire le point sur leur cartes marines). Le dîner était composé d'un grand potage avec le bouilli, qui était toujours d'une volaille, une poitrine de boeuf d'Irlande, du petit salé, et du mouton ou du veau frais, accompagné d'une fricassée de poulets, ou autre chose. On levait ces trois plats, et on mettait à leur place un plat rôti, deux ragoûts et deux salades; pour le dessert nous avions le fromage, quelques compotes, des fruits crus, des marrons et des confitures.
Le souper était à peu près comme le dîner; une grand soupe avec une poule dessus, deux plats de rôti, deux ragoûts, deux salades et le dessert; et comme nous étions bien pourvus de liqueurs on ne les épargnait pas. Le capitaine en avait deux caisses de vingt-quatre bouteilles chacune. ( extrait du Voyages aux Isles du père Labat)

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés