Gideon Defoe a trente ans et vit à Londres. Selon une rumeur non confirmée, il serait un descendant de Daniel Defoe. Il a écrit cette histoire de pirates pour impressionner une fille.EN ROUTE SOUS
LE DRAPEAU NOIR !
- Ce qu'il y a de mieux dans la vie de pirate, dit le pirate atteint de la goutte, c'est les pillages.
- N'importe quoi ! dit le pirate albinos. C'est les doublons. Les doublons, c'est de loin ce qu'il y a de mieux dans la vie de pirate.
Les autres pirates, qui se prélassaient au soleil sur le pont du bateau pirate, se joignirent bientôt à la discussion. Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis l'Aventure des pirates avec les cow-boys et ils avaient beaucoup de temps à perdre.
- C'est le grog pirate !
- Moi, ce que je préfère, c'est abandonner des prisonniers sur une île déserte !
- Moi, c'est les sabres d'abordage !
- La mer des Caraïbes !
- Les biscuits de mer !
Un des pirates fit une grimace éloquente pour montrer ce qu'il pensait exactement de cette dernière intervention, et bientôt une bagarre générale éclata. Avec un bruit de batte écrasant une pastèque, un poing de pirate heurta une mâchoire de pirate et une dent en or rebondit à travers le pont. Le pirate atteint de la goutte se retrouva piétiné d'une horrible manière, et l'un des mousses reçut accidentellement un étincelant crochet de pirate dans la tempe. Cela aurait sans doute pu durer des heures, mais les deux lourdes portes en bois qui donnaient sur l'escalier du bateau s'ouvrirent violemment et le capitaine pirate en personne apparut sur le pont.
Le capitaine pirate était impressionnant. S'il avait fallu le comparer à une espèce d'arbre - et imaginer quelle sorte d'arbre ils seraient s'ils étaient des arbres plutôt que des pirates constituait un des passe-temps favoris de l'équipage -, il aurait probablement été un chêne ou peut-être un marronnier d'Inde. Son visage ouvert et agréable était tout en dents et en bouclettes. Sa veste était d'une coupe sans équivalent à bord. Il portait une barbe épaisse et luisante à laquelle il avait noué des rubans qui avaient dû lui coûter une fortune. La vie au large avait tendance à abîmer les poils et à les emmêler, mais le capitaine pirate était parvenu à garder sa barbe soyeuse et en bonne condition. Et bien qu'aucun de ses hommes ne connût son secret, tous le respectaient à cet égard. Ils le respectaient aussi parce qu'il disait qu'il était marié à la mer. Beaucoup de pirates prétendaient qu'ils étaient mariés à la mer, mais c'était généralement une excuse pour justifier le fait qu'ils n'avaient pas de petite amie ou qu'ils étaient des pirates homos. Or, dans le cas du capitaine pirate, aucun membre de l'équipage ne doutait un seul instant qu'il fût vraiment marié à la mer. Pour lui, ils se seraient joyeusement fait transpercer par une balle, et même par la lame d'un sabre. Le capitaine pirate n'eut qu'à s'éclaircir la gorge et à rouler un peu des yeux pour faire aussitôt cesser la bagarre.
- Qu'est-ce qui se passe, vils coquins ? rugit-il.