La capture de la flotte de la Nouvelle-Espagne
Les voyages de Schouten et de Hendrick ne furent, en fait, que des expéditions de reconnaissance en prévision de la capture de l'une des deux flottes aux trésors, capture qui demeurait l'objectif premier de la Compagnie des Indes occidentales, qui espèrait ainsi réaliser des profits qui tardaient à venir, car toute l'entreprise de la conquête du Brésil, qui devait être défendu à grands frais, n'avait pas rapporté grand chose jusqu'ici. La Compagnie va donc mettre à la disposition de son meilleur capitaine, Piet Heyn, de très grands moyens. Au début de 1628, ce furent d'abord douze bâtiments commandés par Pieter Adriaenszoon Ita qui appareillèrent du Texel (Hollande) à destination de la mer des Caraïbes où, dès le printemps, celui-ci commença ses attaques contre le commerce espagnol tout en recueillant de précieuses informations sur les flottes aux trésors. Mais Ita n'était que l'avant-garde de l'expédition que commandait Heyn, en qualité de capitaine général. Ainsi, en mai 1628, Heyn quittait à son tour Texel à la tête de 31 bâtiments portant près de 2300 marins et 1000 soldats.
Au moment où Heyn entrait dans la mer des Caraïbes, en juillet 1628, la flotte de San Juan, mieux connue sous le nom de flotte de la Nouvelle-Espagne, dut reporter son départ de la Vera Cruz pour La Havane, suite à la perte de son plus gros navire: son chef, le capitaine général Juan de Benavides y Bazán, l'y avait conduite pour y charger les richesses du Mexique dès septembre 1627. Finalement, le mois suivant (août 1628), Benavides appareillait à destination de Cuba dont le capitaine Ita et son escadre venaient juste d'évacuer les parages pour retourner en Hollande, après la capture de deux riches galions qui allaient des Honduras à Cuba. Peu de temps après le départ d'Ita, Heyn se présenta à son tour aux côtes de Cuba. Déjà, le gouverneur de la Jamaïque avait informé Tomás de Larraspuru, qui commandait toujours l'autre flotte espagnole, les Galions, et qui relâchait alors à Cartagena, de la présence des Néerlandais.
Piet Heyn
anonyme, XVIIe s.
 
Benavides n'eut pas cette chance, puisque, au large de Cuba, le 8 septembre 1628, il tombait sur la flotte de Heyn, venue à sa rencontre et renforcée par une demi-douzaine de navires commandés par le Zélandais Banckert. Le lendemain, il trouva refuge dans la baie de Matanzas, à la côte nord de Cuba. Heyn et ses capitaines l'y suivirent. Le 10 septembre, au lieu de combattre, Benavides et la majeure partie de ses équipages s'enfuyaient à terre, laissant leurs galions et leur précieuse cargaison aux mains des Néerlandais, le général espagnol abandonnant même sur le galion Santa Gertrudis sa maîtresse, une mulâtresse de 18 ans originaire de la Vera Cruz, que Heyn renverra à terre avec les autres prisonniers. Heyn s'empara ainsi facilement de neuf navires, puis de quatre gros galions et deux vaisseaux plus petits. Après avoir brûlé ses prises, à l'exception des cinq d'entre elles, Heyn quitta Cuba une dizaine de jours plus tard et arriva en Hollande en janvier 1629 où, après un détour forcé par l'Angleterre pour éviter les corsaires de Dunkerque qui croisaient alors sous pavillon espagnol, il fut accueilli en héros à l'exemple de l'Anglais Drake une cinquantaine d'années plus tôt.
 
Grâce à cette riche prise, la Compagnie des Indes occidentales put payer ses premiers dividendes à ses actionnaires. Elle ne récompensa pourtant pas Heyn à sa juste valeur. Celui-ci quitta alors son service pour entrer dans la Marine de l'État, dont il devint le premier officier supérieur d'origine bourgeoise. Il trouvera cependant la mort en combattant les Dunkerquois, en juin 1629, moins d'un an après son plus grand succès. Ce même mois, en Espagne, le Roi se déclarait incapable de rembourser ses créanciers suite à l'exploit de Heyn, qui le privait, du moins pour l'instant, de l'une de ses principales sources de revenus. Les Galions, commandés par Larraspuru, arrivèrent trop tard, avec les trésors du Pérou, pour éviter au Habsbourg ce déshonneur. Benavides, le malheureux commandant de la flotte de la Nouvelle-Espagne, allait le payer de sa vie, en 1634, au terme d'un long procès.

Textes de Raynald Laprise.


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