Rebelles, hérétiques et pirates (1622-48)

 

Dans les dernières années du XVIe siècle, sept des provinces formant alors les Pays-Bas s'étaient révoltées contre leur maître, le roi d'Espagne, et avaient acquis, dans les faits, leur indépendance sous le nom de Provinces Unies des Pays-Bas. Mais, pour les Espagnols, les Néerlandais ne sont pas seulement des rebelles. En effet, les anciens sujets du roi catholique ont adopté la réforme, doublant la lutte politique d'un conflit religieux. Aux qualificatifs de rebelles et d'hérétiques s'en ajoutera bientôt un troisième, celui de pirates. Les deux principales provinces de l'union néerlandaise, la Hollande et la Zélande, ont chacune derrière elle une longue tradition maritime: pêche et commerce, et accessoirement la course. Leurs marins ne commencèrent pourtant à apparaître dans la mer des Caraïbes que très tard au XVIe siècle. Ce qui va d'abord amener ces rebelles hérétiques en Amérique espagnole ce n'est point les trésors du Pérou ou la contrebande d'esclaves, mais le sel.

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Les Zélandais avait en effet développé et perfectionné un processus de blanchiment du sel, lequel était demandé partout en Europe, notamment par leurs compatriotes hollandais qui en avaient toujours un grand besoin pour leur industrie de pêche. Lorsque les dépôts de sel espagnol, se trouvant à Setúbal se tarirent, ils se tournèrent vers les îles du Cap Vert (Isla de Mayo et Isla de Sal). En 1598, à la suite des arrêts du roi d'Espagne leur interdisant l'accès aux salines espagnoles et portugaises, ils commencèrent à fréquenter celles du Vénézuela, principalement Punta de Araya. Le sel de Punta de Araya, située à mi-distance entre l'île Margarita et la côte de Cumana, était de très haute qualité, 30% supérieure à celui que l'on pouvait trouver en Espagne.

La présence de ces saliniers néerlandais à Punta de Araya y attirait aussi des corsaires et des contrebandiers anglais et français, avec lesquels les premiers traitaient volontiers. Devant cette nouvelle brèche à leur monopole, les Espagnols ne tardèrent pas à réagir. En septembre 1605, Luis de Fajardo, commandant une quinzaine de vaisseaux et 2500 hommes, appareillait de Lisbonne prétendument à destination des Flandres, mais en réalité pour les Antilles. Il se rendit à Punta de Araya où il captura par surprise neuf bâtiments saliniers et un corsaire. Fajardo fit pendre plusieurs de ses prisonniers dont leur principal chef, le Zélandais Daniel De Moucheron. Les compatriotes de celui-ci qui échappèrent à la mort furent envoyés à Cartagena et mis aux galères.

Dans les années suivantes, surtout à partir de la Trêve de douze ans avec l'Espagne (1609), les Hollandais et les Zélandais diminuèrent considérablement leurs voyages dans la mer des Caraïbes, que ce fut comme saliniers, contrebandiers ou corsaires. Certains ne manquèrent pas de s'y risquer quand même. En 1620, par exemple, Hendrick Jacobszoon Lucifer, commandant deux vaisseaux armés en guerre, s'associa aux Petites Antilles avec le capitaine français Charles Fleury, avec lequel il alla croiser vers Hispaniola où ils rencontrèrent d'autres aventuriers français et anglais. Ces petites incursions ne furent pourtant rien à comparer aux grandes expéditions qui vont partir des ports de Hollande et de Zélande pendant environ vingt ans, avec pour objectif: conquête et pillage sur l'Espagnol en Amérique.

Textes de Raynald Laprise.


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