Les interlopes anglais
Les activités des corsaires français aux Antilles dans les décennies 1530, 1540 et 1550 ont, à coup sûr, éclipsé celles beaucoup moins spectaculaires des contrebandiers anglais qui, successeurs du capitaine Rout, se risquèrent à aller trafiquer avec les colonies espagnoles, avec ou sans l'accord de leur gouvernement. Cependant, eux aussi, seront contraints d'utiliser la manière forte pour obliger les Espagnols à leur accorder le droit de commerce. À compter du milieu de la fin des années 1560, leurs exploits contre les Espagnols leurs vaudront une réputation internationale.
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Le plus fameux et ambitieux de ces marins marchands était alors John Hawkins. Comme son père et son frère avant lui, il fréquenta d'abord les côtes du Brésil et de Guinée. À l'occasion de ces voyages, il se fit d'influents alliés parmi les notables des îles Canaries, importante colonie espagnole au large de l'Afrique occidentale. De ses contacts avec les Portugais et les Espagnols, il apprit qu'il y avait beaucoup d'argent à gagner en approvisionnant les colonies américaines de l'Espagne en esclave noirs. En 1563-1565, il effectua ainsi deux voyages aux Antilles, dont le second avec le soutien financier secret de la reine d'Angleterre et de ses ministres. Partout où il passait, à Hispaniola et au Venezuela notamment, le capitaine Hawkins était fort bien accueilli tant par les populations locales, négligées par la métropole, que par les autorités coloniales, souvent corrompues, avec lesquelles, en infraction aux lois espagnoles, il traita les nègres qu'il avait achetés en Afrique. Mais l'Anglais cherchait à atteindre un objectif plus élevé que celui de s'enrichir personnellement: il entendait gagner à sa nation une participation légale au commerce des Indes, d'où, par exemple, le fait qu'il acquitta les droits de douanes à chacune de ses transactions avec les Espagnols.
Rapidement informé de cette intrusion, le roi d'Espagne porta plainte à la reine d'Angleterre et obtint momentanément l'arrêt du départ d'une troisième expédition sous les ordres de Hawkins. Celle-ci n'en quitta pas moins Plymouth à la fin de 1566, avec à sa tête, à défaut de Hawkins, John Lovell. Ce dernier ayant joint ses forces à ceux d'une petite flotte de contrebandiers français commandée par Jean Bontemps, se rendit à l'île Margarita où il écoula une partie des esclaves qu'il avait pris en Guinée. Mais, au Venezuela même, à Rio de la Hacha, où Hawkins avait reçu un accueil particulièrement chaleureux les années précédentes, un nouveau gouverneur refusa à Lovell la permission de traiter.
À la fin de 1567, cette fois avec l'approbation officielle de la reine Elizabeth, qui fournit les deux principaux vaisseaux de l'expédition, Hawkins repartait une nouvelle fois à destination de l'Amérique espagnole. Tout comme Lovell l'année précédente, Hawkins rencontra des problèmes avec les autorités espagnoles qui lui firent maintes difficultés. La situation était aussi envenimée par la présence aux côtés des Anglais de quelques aventuriers français, beaucoup plus intéressés à piller les Espagnols qu'à traiter avec eux des esclaves. En effet, Hawkins fut rejoint notamment par le capitaine Blondel, qui avait participé à l'expédition Le Clerc, une douzaine d'années plus tôt, et par un nommé Guillaume Le Testu, corsaire mais surtout cartographe et navigateur hors pair. Comble de malchance, ce troisième voyage de Hawkins se termina, en septembre 1568, par un combat naval à l'île San Juan de Ulua, devant la Vera Cruz, contre la flotte espagnole. Plusieurs des hommes de Hawkins furent capturés par les Espagnols et le reste, avec leur chef, regagna péniblement l'Angleterre. L'intransigeance de l'Espagne avait empêché les Anglais de commercer pacifiquement: dans les années suivantes ces derniers utiliseront la manière forte.

Textes de Raynald Laprise.


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