Les corsaires français

Les premiers aventuriers étrangers à tenter fortune en Amérique ne furent pourtant pas tous des contrebandiers. La France étant alors en guerre contre l'Espagne, les corsaires du premier de ces deux royaumes commencèrent à apparaître nombreux dans les Antilles dans les années 1530. Pour la plupart, ils armaient dans les ports de Normandie, à Dieppe plus particulièrement tout comme leur prédécesseur Verrazzano, et aussi dans ceux de Bretagne.

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Ces marins normands et bretons possèdent déjà une longue tradition des voyages lointains. Avant même l'an 1500, probablement à la suite des Portugais, ils fréquentaient les côtes du Brésil pour y chercher notamment une essence de bois servant à teindre les étoffes en rouge, appelée d'ailleurs «bois de brésilet» et qui aurait donné son nom au pays.

Pour gagner l'Amérique espagnole, les corsaires français, fort de leur expérience brésilienne, se rendaient d'abord aux îles du Cap Vert, passaient par le Brésil et la Guyane puis, par les Petites Antilles, entraient dans la mer des Caraïbes. Une fois là, non seulement ils prennaient des bâtiments espagnols mais ils se lançaient à l'attaque des bourgs et des petites villes côtières qui étaient encore très mal défendues. En 1537, une bande de corsaires français mit ainsi à sac Nombre de Dios, dans l'isthme de Panama, et fit une descente dans les Honduras. Trois ans plus tard, ce fut au tour de San German, à Porto Rico, d'être pillée. Plus audacieux, 300 aventuriers s'emparaient de Cartagena, en janvier 1544, faisant 35 000 pesos de butin en or et en argent seulement, étant toutefois moins chanceux devant La Havane, d'où ils durent se retirer après avoir perdu 15 des leurs; tout comme 80 de leurs compatriotes qui furent repoussés devant Santiago de Cuba.

Cette même année 1544, toutefois, la France fit la paix avec l'Espagne. Le roi François Ier reconnut alors la souveraineté des Espagnols sur la mer des Caraïbes, interdisant du même coup à ses sujets de la fréquenter. Cela n'empêcha pas les aventuriers français d'aller y faire la course, sous prétexte de s'y livrer au commerce. Les hostilités reprirent néanmoins dès 1552. François Ier confia alors le commandement d'une dizaine de ses vaisseaux au capitaine François Le Clerc, surnommé Pie de Palo («Jambe-de-bois») par les Espagnols, car il avait naguère perdu une jambe en combattant ces derniers. Les colonies d'Hispaniola et Puerto Rico firen d'abord les frais de cette expédition, puis ce fut au tour de Cuba. En octobre 1554, un lieutenant huguenot de Le Clerc, le capitaine Jacques de Sores, à la tête de 300 hommes, pillait ainsi Santiago de Cuba, descente qui lui rapporta 80 000 pesos. En juillet de l'année suivante, il récidiva, toujours à l'île de Cuba, dont il détruisit presque complètement la capitale, La Havane.

combat naval entre Espagnols et Hollandais
anonyme, XVIIe s.

 

 

À partir du traité de Cateau-Cambrésis (1559) mettant fin aux guerres en Italie entre l'Espagne et la France, il fut admis par les deux nations que les particuliers français pourraiennt aller tenter la fortune en Amérique espagnole, à leurs risques et périls, sans que cela ne compromette pour autant la paix en Europe. Ce principe, probablement déjà appliqué dans les années 1540, est résumé dans l'expression contemporaine: «Pas de paix au-delà de la ligne des Amitiés». Cette «ligne» est en fait le méridien passant par l'île Ferro, l'une des Açores, à l'ouest de laquelle tout devient permis pour les aventuriers. Elle va servir de caution aux agressions armées commises, en temps de paix, contre les colonies espagnoles en Amérique par les aventuriers français et anglais, qui ne seront pourtant pas tous des corsaires.

Textes de Raynald Laprise.


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