Titre original : The Spanish Main

Acteurs : Maureen O'Hara,Paul Henreid, Walter Slezak, Binnie Barnes, John Emery.

Réalisateurs Frank Borzage

A  la suite d'une tempête, le vaisseau commandé par le Hollandais Laurent Van Horn fait naufrage sur les côtes de Carthagène. Or le gouverneur espagnol Don Juan, sous un faux prétexte, réduit en esclavage les hommes d'équipage et condamne à mort le capitaine.
Ayant réussi à s'échapper, Van Horn, dorénavant surnommé Barracuda, se venge en attaquant les navires du gouverneur et surtout en capturant sa fiancée Franciska...

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Paul Henreid, baron austro-hongrois devenu acteur, est à l'origine du Pavillon noir. Souhaitant briser son image de Casablanca et élargir son panel de rôles, il trouve dans le personnage de Laurent Van Horn l'ambivalence qui sied aux grands acteurs. Il essuie un refus de Warner et se tourne alors vers la RKO. La société, échaudée par des échecs commerciaux, souhaite renouer avec le succès, et décide de faire appel pour la première fois depuis dix ans aux flamboiements du technicolor. Les films de pirates sont alors sollicités par le public (L'Aigle des mers de Michael Curtiz, Le Cygne noir d'Henry King) et le projet d'Henreid tombe à pic. Maureen O'Hara est contactée, désireuse également de relancer sa carrière après un an d'inactivité, et c'est elle qui demande Frank Borzage.

Choix qui peut paraître étonnant car Borzage, le chantre de l'amour fou, n'est pas un spécialiste des films de genre. Il a certes débuté sa carrière en tournant de nombreux westerns, dont il était le plus souvent également l'interprète, mais le champ d'investigation de Borzage ce sont des histoires de couples que rien ne peut séparer. L'Adieu aux armes ou Secrets, ne sont pas des films de guerre ou des westerns, mais des mélodrames exacerbés. Borzage retrouve la grandeur de sa période muette lorsque les films de genre qu'il réalise voient les drames humains et amoureux prendre le pas sur l'intrigue. Il ne met pas en scène de véritables comédies (Desir en 1936 est réalisé sous la houlette de Lubitsch) bien que ses films soient bourrés d'humour. Cependant depuis le début de la guerre il met en scène pour la MGM de plus en plus de films de genre, des musicals, des comédies, des westerns, et ce à un rythme stakhanoviste (douze films entre 1940 et 1945). S'éparpillant ainsi, à la fin de la guerre, la réputation de Borzage est celle d'un artiste qui a perdu la flamme, dévoré par les grands studios. Il convient cependant de remarquer que très tôt, si Borzage réalise des films sociaux (la dépression dans Ceux de la zone), ou politiques (la montée du nazisme dans Trois camarades ou Mortal Storm), il ne rechigne pas aux fastes hollywoodiennes (Sur le velours en 1935, L'Ensorceleuse en 1938, Désir...).

Pavillon noir est une réussite en demi teinte. Le film se veut rythmé, trépidant, et accumule dans cette optique de nombreux rebondissements. Las, force est de constater que le résultat n'est pas à la mesure de notre attente. Les scènes de combat naval manquent à susciter l'intérêt du spectateur, notamment car Borzage ne fait que trop rarement coexister les belligérants dans le même cadre. Il se contente de simples champs / contrechamp (un coup de canon, une explosion dans l'eau ou sur un mat...) , ne parvenant pas à imprimer une quelconque tension dans ces joutes maritimes. Les duels qui ponctuent le film sont également poussifs, platement chorégraphies. L'intérêt du film réside dans les personnages, portés par les dialogues savoureux d'Herman Mankiewicz. Très allusifs et érotiques dans les scènes entre Van Horn et la contessa Francesca , ils donnent du sel à la relation très classique d'amour / haine qui les caractérise. Hilarants, ils font de Don Juan Alvarado (Walter Slezak en grande forme) un méchant bigger than life qui vampirise l'intérêt du spectateur. Car si Maureen O'Hara et Paul Henreid voyaient Le Pavillon noir comme un véhicule pour leur carrière, ils se font constamment voler la vedette par Walter Slezak, suivant le vieil adage hitchcockien (« plus le méchant est réussi... »).

Six ans plus tard, Jacques Tourneur réalisera avec la magnifique Flibustière des Antilles un pendant féminin du Pavillon noir au motif inversé. Anne Providence y reprend le rôle de Van Horn, Louis Jourdan remplace Maureen O'Hara et Anne Bonney (personnage historique qui inspire lui même Anne Providence) devient Blackbeard. Pour l'heure, la R.K.O. a rempli son contrat et Pavillon noir est un grand succès. Mais soixante ans après sa réalisation, le film de Borzage est tombé dans l'oubli alors que le Tourneur brille toujours de ses mille feux.

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