Les premiers aventuriers

En juin 1522, maître de Mexico, Cortés avait dépêché un bâtiment chargé d'une bonne part du trésor personnel du roi aztèque Moctezuma, dans le but de se gagner la faveur du jeune roi d'Espagne, l'empereur Charles Quint. Mais, entre les Açores et l'Espagne, ce navire fut capturé par Giovanni Verrazano, navigateur et corsaire florentin au service de la France. Lire la suite...

Financé à Dieppe par Jean Ango, l'objectif du voyage de Verrazano était beaucoup plus ambitieux: la découverte d'un nouveau passage par l'ouest vers la Chine et l'Inde, par l'Amérique du nord. La capture du vaisseau espagnol n'étant apparemment qu'un incident de parcours, Verrazano retourna à Dieppe d'où il repartit en janvier 1524 à dessein d'explorer les côtes des futures colonies anglaises de Caroline et de New York, remontant probablement au nord jusqu'en Acadie. Un troisième voyage le conduisit aux Petites Antilles, ces «islas inutiles» que les Espagnols n'avaient pas daignées occuper et avaient abandonnées à leurs habitants, les Indiens Caraïbes, qui ont d'ailleurs donné leur nom à la Méditerranée américaine. Là, en 1528, sur l'une de ces îles, la Guadeloupe, le navigateur trouvait la mort aux mains de ces farouches guerriers.

 

 

danse Tarairiu
par Albert Eckout, 1641 
 

Verrazano n'était sûrement pas le premier marin non-espagnol qui se risquait dans la mer des Caraïbes. En effet, l'année précédent la mort du Florentin, un capitaine anglais, John Rout, dont l'aventure est, de loin beaucoup plus intéressante, s'y était rendu. Après une expédition aux côtes de l'Amérique du Nord, en quête lui aussi d'un passage vers la Chine, Rout s'était dirigé vers les Antilles et s'était présenté, à la fin de 1527, dans le port de Santo Domingo. Les Espagnols se montrèrent assez amicaux envers les Anglais et auraient même eu l'intention d'acheter les marchandises de ceux-ci. Mais, du fort, quelqu'un tira un coup de canon assez prêt du vaisseau anglais pour que Rout prenne le large. Les Anglais revinrent cependant quelques jours plus tard et débarquèrent, au nombre de 30 ou 40 hommes armés, à proximité de la ville. Ils voulurent alors échanger leurs marchandises contre des vivres, ce que les habitants espagnols leur refusèrent. Sur cette réponse, Rout et ses hommes pillèrent la plantation où ils se trouvaient puis se rembarquèrent en promettant de revenir en plus grand nombre se venger de cet affront.

Ce premier de contact entre les Espagnols et des marins d'une autre nation européenne en Amérique laisse déjà entrevoir certains aspects des relations qu'entretiendront en temps de paix, au siècle suivant, les flibustiers et les Espagnols. En effet, selon les lois castillanes, tout bâtiment étranger qui allait commercer avec les colonies américaines et qui ne détenait pas de permis émis par la couronne espagnole était considéré comme un pirate. Voilà pourquoi, certains capitaines anglais et français, dont le but premier est en fait le commerce, passeront rapidement aux représailles dès que les autorités coloniales, soucieuses d'appliquer la législation de la métropole, leur refuseront d'exercer cette activité légitime.

 

 

Textes de Raynald Laprise.

 

 


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