Vers Panama 

 

La seconde flotte, la Flota de Tierra Firme ou Galeones - d'où le nom de Galions sous laquelle elle est le plus souvent désignée -, quittait généralement l'Espagne en août, emmenant avec elle tous les vaisseaux allant vers les ports du Panama et de la côte septentrionale de l'Amérique du Sud. Elle embarquait le trésor à Nombre de Dios, qui fut remplacé par Puerto Belo à la fin du XVIe siècle, puis hivernait à Cartagena. Tôt au printemps, elle partait pour La Havane, qu'elle atteignait après une traversée de dix à quinze jours: elle y joignait la Flota de San Juan ou repartait seule pour l'Espagne. 

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Felipe IV, roi d'Espagne (1621-1664)
par Diego Velasquez
1652-1653

À l'arrivée des Galions à Cartagena, deux exprès étaient envoyés à Puerto Belo: le premier allait ensuite par terre à Panama et, de là, par mer jusqu'à Lima; et le second, par mer, à la Vera Cruz. Le premier transportait un paquet de lettres pour le vice-roi de Lima et le second un autre pour le vice-roi de Mexico; les deux paquets contenaient aussi des lettres de marchands européens destinées à leurs correspondants américains. Après une première escale d'environ 60 jours à Cartagena, les Galions allaient à Puerto Belo où elle restait environ 30 jours pour débarquer sa cargaison puis charger le Trésor du Roi.

  Quelquefois, afin d'éviter les douanes, les marchands empaquetaient leur argent avec des marchandises de moindre valeur et l'envoyaient ainsi à Venta de Cruzes sur le rio Chagres, puis de là par mer à Puerto Belo. Là, les navires marchands qui n'étaient pas prêts à partir le trentième jour après l'arrivée de Galions à cet endroit risquaient d'être laissés derrière parce que tous les navires devaient précisément se trouver à cette date à l'embouchure du port en prévision du départ. Cependant il arrivait, mais exceptionnellement, que le premier galion de la flotte, commandé par le capitaine général, restât une semaine de plus. Lorsque la flotte quittait Porto Belo, elle retournait à Cartagena, où tout les revenus du Roi provenant des alentours l'attendait. Là elle retrouvait un grand navire appelé patache, qui avant même la première halte à Cartagena, avait été détaché du reste de la flotte pour collecter le tribut de la Côte dans des lieux tels que Margarita, La Guayra, Maracaïbo, Rio de la Hacha et Santa Marta. Après ce second séjour à Cartagena, l'Armada rejoignait à La Havane la flotte de la Nouvelle-Espagne. Les deux flottes réunies passaient ensuite entre Cuba et la Floride pour retourner en Espagne.

 Dès la réception de l'avis de la première escale des Galions à Cartagena, le vice-roi de Lima envoyait à Panama le Trésor du Roi, évalué par Dampier dans les années 1680 à 24 millions de pièces de huit, et les autres marchandises sud-américaines. Le transport était assuré par l'Armada de la Mar del Sur, une escadre de deux à quatre navires armés, cosntituée dans les années 1540 et connue aussi sous le nom de Flotte de Lima. Basée à Callao, cette escadre, accompagnée de nombreux navires marchands pleins de produits locaux et d'argent, se rendait à Panama, mais ne mouillait pas directement devant la ville: elle jetait l'ancre aux îles Perico. Il fallait donc un certain temps pour les décharger et amener les cargaisons à Panama dès l'annonce de l'arrivée des Galions à Puerto Belo. La ville de Panama étant alors bondée de marchands et de gentilshommes, les marins débarquaient le Trésor et les marchandises: ceux-ci étaient ultérieurement conduits jusqu'à Puerto Belo à dos de mules, lesquelles en rapportaient des produits européens. Les prix étaient alors très élevés: pour louer un simple esclave, il fallait débourser une pièce de huit par jour. Quant aux navires de la flotte de Lima, ils demeuraient plus longtemps à Panama avant de retourner à Lima. Les marchands et les gentilshommes qui venaient de Lima restaient le moins longtemps possible à Puerto Belo, surtout en raison de l'insalubrité des lieux. Au retour, elle embarquait des produits européens et des passagers se rendant de Panama au Pérou. 

 

 

Textes de Raynald Laprise.

 

 

Textes de Raynald Laprise.

 

 

 

 


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