L'Espagne


De formation récente, le royaume d'Espagne, ou mieux des Espagnes, fut constitué par la réunion des possessions des Couronnes de Castille, d'Aragon et de Navarre, réalisée, de fait, à l'époque de Christophe Colomb, par le mariage de la reine de Castille et du futur roi d'Aragon. Son roi, qui, à partir de 1516, appartient à la branche aînée des Habsbourg, famille princière autrichienne, règne aussi sur toute l'Italie méridionale (royaume de Naples), une partie du nord de la péninsule italienne (Milan, Parme et Plaisance), le territoire correspondant en gros aux Pays-Bas (jusqu'en 1585) et à la Belgique actuels ainsi que sur le meilleur de l'Amérique et les Philippines. Lire la suite...

De plus, pour un temps, le monarque espagnol est roi de Portugal. Il est donc le souverain le plus puissant de la Chrétienté, portant d'ailleurs le titre prestigieux de «roi catholique» que lui a décerné le pape. Cependant, tous ces titres et possessions sont trompeurs. Si, au XVIe siècle, le roi d'Espagne est, sans conteste, le plus puissant souverain d'Europe, il perd progressivement ce titre au profit du roi de France dès le milieu du siècle suivant comme on l'a vu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le comte-duc d'Olivares
par Diego Velasquez
1634

Les successeurs de Carlos I (l'Empereur Charles Quint) et de Felipe II ne se montrèrent pas vraiment à la hauteur de leur rang. Felipe III et Felipe IV laissèrent la conduite des affaires entre les mains de favoris, les «validos», souvent incapable et cupides, plus enclins à favoriser leurs ambitions personnelles que les intérêts du royaume. Felipe IV a pu cependant compter sur un ministre énergique Gaspar de Guzman comte-duc d'Olivares, qui fut à l'Espagne ce que fut Richelieu à la France, jusqu'à sa disgrâce en 1643, mais qui ne sut pas adapter l'ambition qu'il avait de redonner à son roi le premier rang parmi les monarques de la Chrétienté aux ressources de l'Espagne de son temps. Les généraux et les amiraux doués ne manquaient pourtant pas, mais l'armée espagnole, les fameux «tercios» du siècle précédant, souffrait du même mal que la société espagnole, un relâchement général des moeurs, car le héros du XVIIe siècle espagnol n'est plus le Conquistador, soldat qui avance avec l'âme entre les dents, mais le Picaro, voleur, bandit et tricheur.

 

 

 

 

 

 

À l'incompétence ou la malchance des gouvernants et à la nonchalance des aristocrates tout puissants mais sans initiative, il faut ajouter la pauvreté et la violence grandissante au sein des populations hispaniques. De plus, au cours des dernières années de la guerre de Trente ans, le roi d'Espagne a dû affronter des révoltes à Naples et en Catalogne, de même que la sécession du Portugal. À l'opposée, dans les années suivant la paix de Westphalie, il accueille les rebelles de France et non des moindres, tel le prince de Condé, satisfaction bien mince comparée aux revers subis par la monarchie espagnole depuis les années 1620.

 

 

 

 

 

 

À la mort de Felipe IV, en 1665, l'Espagne est affaiblie mais demeure une puissance avec laquelle il faut compter. Son empire américain fait encore l'envie de toutes les nations européennes. Ce n'est plus en tant que telle la conquête de cet empire, en tout ou en partie, qui intéressent la France, l'Angleterre et les Provinces Unies, mais bien le contrôle du commerce des Indes, que le roi d'Espagne soit nominalement le seigneur des Amériques n'a que peu ou pas d'importance. Cet empire des Indes, aux dépens desquels vivent les flibustiers, son étendu et son organisation, méritent d'être étudié à part.

 

 

 

Textes de Raynald Laprise.

 

 

 

 

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