Les Pays-Bas

 

Au XVe siècle, ce que l'on connaît à notre époque comme étant les Pays-Bas et la Belgique étaient constitués de comtés et de provinces dépendant nominalement du Saint Empire Romain Germanique et qui, par le jeu des alliances, en étaient venus à faire partie des vastes possessions du duc de Bourgogne. À la suite du mariage de l'héritière de la maison de Bourgogne avec le futur empereur Maximilien I, ces territoires du bord de la mer du Nord, connus alors sous le nom générique de Flandres ou de Pays-Bas, passèrent dans la maison de Habsbourg. Lorsque, quelques années avant sa mort, leur fils, l'Empereur Charles Quint, partagea ses possessions entre son frère Ferdinand et son fils Philippe (Felipe II), ce dernier en hérita en même temps que l'Espagne. Lire la suite...

Mais, avant la fin de son règne, sept des dix-sept provinces formant les Pays-Bas se révoltèrent contre leur souverain.

 

 

 

Les causes de la révolte des sept provinces du nord des Pays-Bas sont nombreuses et contradictoires. Selon toute vraisemblance, la volonté du roi Felipe II de moderniser, centraliser et bureaucratiser l'administration et le gouvernement de cette partie de son empire en fut à l'origine. Le Habsbourg d'Espagne se heurta alors aux privilèges et libertés traditionnelles de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie. Le duc d'Albe, le représentant de Felipe II, voulut financer la lutte contre les rebelles et les hérétiques en frappant le commerce d'un impôt spécial, faisant basculer la classe marchande dans le camp adverse. Par ailleurs, des rangs de la petite noblesse des provinces du Sud, dont les membres s'étaient convertis en grand nombre au calvinisme, sortirent de nombreux chefs des Gueux de la mer, qui firent la guerre sur mer aux Espagnols et s'emparèrent notamment de Flessingue, de laquelle ils exercèrent ensuite des pressions sur le reste de la province de Zélande et sur la Hollande voisine. Finalement le centre de la révolte se déplaça vers le nord du pays, les rebelles abandonnant le sud à l'Espagne avec laquelle la guerre fut interrompue en 1609 pour une période de neuf ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Hercule et la Licorne au large de Hoorn
par Bonaventura Peeters
1634

Dès 1579, pour faire face à la menace espagnole, les sept provinces du nord (Hollande, Zélande, Utrecht, Gueldre, Overyssel, Groningue et Frise) avaient formé l'union d'Utrecht. De cette union naquit un état protestant et républicain connu officiellement sous le nom d'États généraux des Provinces Unies des Pays-Bas. La noblesse y étant fort peu nombreuse, cette union, rapidement dominée par les provinces de Hollande et de Zélande, sera en fait gouvernée par une riche et prospère classe de marchands. À la tête de chaque province, il y avait pourtant un stathouder, c'est-à-dire un «lieutenant», chargé de fonctions militaires et diplomatiques, dont la dignité se transmet, de père en fils, dans la famille des princes d'Orange (le prince d'Orange étant souvent stathouder dans cinq, même six, des sept provinces) ou dans une autre branche de la maison allemande des comtes de Nassau, et devient de fait héréditaire. Cependant, durant presque un quart de siècle, les principales provinces de l'Union (la Zélande et la Hollande) n'eurent pas de stathouder, surtout en raison de l'importance prise par les États généraux, notamment par leur principal fonctionnaire appelé «Grand Pensionnaire». L'histoire des Provinces Unies est d'ailleurs marquée par les conflits entre le stathouder et le Grand Pensionnaire, qui se termine parfois dans le sang comme le massacre des frères De Witt commandé en sous main par le prince d'Orange Guillaume III en 1672.

 

 

 

 

Les Provinces Unies sont riches en ressources et en capitaux, car l'industrie bancaire, celle du textiles et les pêcheries y sont florissantes. Toutefois elles sont pauvres en hommes et doivent faire appel aux services de mercenaires pour leurs armées. À une époque où la France avait plus de 10 millions d'habitants et l'Angleterre deux, elles devaient se contenter que d'un million d'âmes à peine. Son économie est tournée vers la mer: pêche et commerce pour la Hollande et guerre de course pour la Zélande, sa rivale au sein de l'union. Avec la paix de Westphalie (1648) qui marque la fin des hostilités avec l'Espagne, ce sera finalement le commerce qui l'emportera, les divergences de vue étant toutefois si grandes que la Zélande faillit alors faire sécession.

 

 

 

 

Si les Provinces Unies sont pauvres en soldats, elles sont riches en marins. En fait, les principales innovations en matière de navigation et de construction navale, ou du moins leur amélioration, durant tout le siècle sont à porter au crédit des Néerlandais. Leur marine de guerre nationale (celle des amirautés de Hollande et de Zélande) ou privée (celle des compagnies des Indes occidentales et orientales, qui dirigent les entreprises de colonisation en Amérique et en Asie du sud-est) est la meilleure au monde. Elle produit les Tromp, De Ruyter, Heyn et autres excellents marins, issus des rangs ou de la bourgeoisie d'affaires.

 

 

 

 

Après la fin de la guerre contre l'Espagne, ce fut contre l'Angleterre que les Provinces Unies tournèrent leur arme navale. Déjà les deux états protestants avaient eu maille à partir aux Indes, où tous deux avaient établi des comptoirs commerciaux dans les premières années du siècle. En 1623, l'exécution d'une dizaine de marchands anglais par le gouverneur hollandais d'Amboine, au sud des îles Moluques, sous prétexte qu'ils voulaient en chasser les Néerlandais avec l'aide de mercenaires japonais, avait indigné l'opinion publique à Londres. Malgré ces vicissitudes, marchands anglais et néerlandais collaborèrent souvent, notamment en Amérique où ils avaient à affronter un ennemi commun, l'Espagnol, loin du lucratif commerce des épices des Indes. Les trois guerres qui opposèrent les Provinces Unies à l'Angleterre (1652-1654, 1665-1667 et 1672-1674) furent surtout des guerres navales, toutes entreprises, du côté néerlandais, sous le gouvernement du Grand Pensionnaire de Hollande, Jan De Witt. Après le traité de Westminster (1674), la rivalité anglo-néerlandaise s'estompe. Sous l'impulsion du prince d'Orange, nouveau chef de l'Union, celle-ci se rangera aux côtés de l'Angleterre, dans une lutte à finir contre la France, qui a succédé à l'Espagne comme première puissance catholique de l'Europe.

 

 

 

Textes de Raynald Laprise.

 

 


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