Les flibustiers français, surtout ceux qui furent boucaniers auparavant, ont une habitude qui dégoûte leurs confrères anglais. Ainsi, après son attaque sur Puerto Principe, Morgan fait abattre des centaines de vaches et de boeufs. La viande, fumée et salée, doit approvisionner les navires pour une prochaine expédition. Mais il s'en est fallu de peu qu'anglais et français s'entretuent... pour une histoire de moëlle de boeuf!
C'est que les flibustiers français adorent briser les os des bêtes fraîchement tuées afin de sucer la moëlle encore chaude. Ce faisant, ils se badigeonnent le visage de sang, salissent leurs vêtements d'une manière si dégueulasse que cela donne des hauts le coeur aux autres flibustiers qui ne sont pourtant pas des enfants de coeur. En un mot, si pour les français c'est là une friandise digne de la meilleure gastronomie, pour les anglais c'est un comportement bestial et cannibalesque.
Avec le caractère qu'on leur connaît, les camps se forment vite, quelques coups de couteau se donnent. Ils sont près de mille sur le point de s'entre-égorger quand Morgan intervient. Il réussit à calmer les esprits, condamne le flibustier qui le premier en a frappé un autre. Et surtout, rappelle à tous qu'il vaut mieux partir à l'attaque d'une autre ville espagnole que discuter cuisine!

